Papaver orientale L.
Observé par Tournefort dans les environs d'Erzurum.
Papaver Armenium, hirsutissimum, foliis Papaveris Rheados, magno flore. Collection du MNHN-Paris
Papaver Armenium, hirsutissimum, maximo flore. Direction des bibliothèques et de la documentation
Papaver Orientale, hirsutissimum, flore magno Coroll. I. R. Herb. 17
" Nous observâmes aux environs de cette ville une très belle espèce de Pavot, que les Turcs et les Arméniens appellent Aphion, de même que l'Opium commun ; cependant ils ne tirent pas d'opium de l'espèce dont nous parlons, mais par ragoût ils mangent les têtes encore vertes, quoi qu'elles soient fort âcres et d'un goût brûlant.
La racine de cette plante est grosse comme le petit doigt et longue d'un pied, blanche en dedans, brune en dehors, fibreuse, pleine d'un lait blanc sale très amer et très âcre. Ordinairement les tiges sont de la hauteur d'un pied et demi ou deux, épaisses de trois ou quatre lignes, droites, fermes, vert pâle, hérissées de poils blanchâtres, raides, longs de trois lignes, si ce n'est vers le haut, où elles sont couvertes de poils ras. Les feuilles ont un pied de haut et sont découpées à peu près comme celles du coquelicot en plusieurs parties jusque vers la côte. Ces pièces ont environ deux pouces et demi de long sur neuf ou dix lignes de large, vert brun et comme luisantes sur certains pieds, recoupées sur les bords à grosses dents pointues et terminées par un poil blanc, semblables à ceux qui couvrent les feuilles et tous ces poils sont aussi roides et aussi longs que ceux des tiges. Chaque tige ne soutient le plus souvent qu'une fleur, dont le bouton, qui a dix-huit ou vingt lignes de long, est couvert d'un calice à deux ou trois feuilles membraneuses, creuses, blanchâtres sur le bord, hérissées de poil. Elles tombent quand la fleur s'épanouit, et l'on s'aperçoit alors qu'elle est composée depuis quatre jusqu'à six feuilles, longues de deux pouces et demi sur trois pouces et demi de large, arrondies comme celles des autres pavots et de la couleur du coquelicot, plus ou moins foncé, avec une grosse tache à l'onglet, laquelle est aussi plus ou moins obscure. Les feulles intérieures sont un peu plus étroites que les extérieures et tiennent fortement contre le pédicule ; souvent même elles ne tombent que deux jours après que la tige est coupée. Le mileu de la fleur est rempli par un pistil long d'un pouce, oblong, sphérique sur quelques pieds, vert pâle, lisse, arrondi vers le haut en manière de calotte purpurine découpée en pointe sur les bords, et relevée d'environ une douzaine de bandes violet foncé, poudreuses, lesquelles, partant du centre, viennent se distribuer en rayon et se terminer à une des pointes qui sont sur les bords. Ce pistil est surmonté par une grosse touffe d'étamines à plusieurs rangs, gris de lin luisant, chargées chacune d'un sommet violet foncé, poudreux, long d'une ligne et demi sur demi ligne de large. La plante rend un suc limpide, mais le pistil est rempli d'un lait blanc sale très amer et très âcre, de même que la racine. Ce pistil devient un fruit ou coque. Cette belle espèce de pavot se plaît fort au Jardin du Roy et même en Hollande où nous l'avons communiquée à nos amis. Mr Commelin, très habile professeur de botanique à Amsterdam, en a donné le figure. "
TOURNEFORT 1717, t. 2, PP. 277-278



