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3 mai 1700, La Canée

La Canée. TOURNEFORT, J. P. de. 1717. Relation d’un voyage du Levant fait par ordre du roy. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.

Plage de La Canée, octobre 2018.

" Néanmoins, comme nous nous attendions à quelque chose de plus extraordinaire, notre chagrin revenait à chaque pas que nous faisions : car enfin (...), nous n’étions venus en Candie que pour herboriser, et c’était sur la foi de Pline et de Galien, qui ont préféré les plantes de cette île à celles du reste du monde. Nous nous regardions de temps en temps sans oser nous expliquer, haussant les épaules et poussant des soupirs du fond du coeur, surtout en suivant de petits ruisseaux qui arrosent cette belle plaine de La Canée, tous bordés de joncs et de plantes si communes que nous n’eussions pas daigné les regarder autour de Paris, nous qui n’avions alors l’imagination remplie que de plantes à feuilles argentées, ou couvertes de quelque riche duvet, et qui nous étions figurés que la Candie ne devait rien produire que d’extraordinaire. " TOURNEFORT 1717.

Malcolmia flexuosa (Sm.) Sm.= Leucojum marinum, Crète, avril 2018.

Thymbra capitata (L.) Cav.=Thymus capitatus qui Dioscoridis, Crète, avril 2018

" Nous mîmes à la voile le 24 avril des îles de Marseille sur les onze heures du matin, et par le plus grand bonheur du monde nous sommes arrivés à La Canée le 3 mai. Après avoir goûté le vin de Candie qui a un goût d’eau de vie fort désagréable, nous traversâmes la ville ; nous ne pûmes nous empêcher dans les rues, de jeter les yeux et les mains sur le Leucojum marinum parvum, folio virenti crassiusculo J. B., qui est beaucoup plus beau dans ce pays qu’en France, et qui vient sur toutes les murailles, chargé de fleurs et garni de feuilles, grasses et luisantes.

Nous nous flattions de trouver quelque chose de plus beau hors de la ville, mais malheureusement, nous n’en prîmes pas le chemin, car en suivant les murailles à droite on y trouve des terres si grasses qu’elles ne produisent que des plantes très communes. Alarmés d’une pareille aventure, nous courûmes vers le bord de la mer où nous commençâmes à nous consoler un peu à la vue de l’Acanthus aculeatus C. B., et du Cichorium spinosum B .p. que je n’avais jamais observé en campagne. Cet endroit qui est comme une espèce de plage produit encore le Thymus capitatus qui Dioscoridis B. p. qui est tout à fait semblable à celui qui croît dans l’Andalousie et qui répond fort bien à la description de Dioscoride.

De là nous fûmes voir le Jardin du Gouverneur de la ville qui est auprès d’une large ruine par où nous devions revenir. Notre chagrin augmentait à tous les pas que nous faisions surtout en passant de petits ruisseaux qui arrosent cette belle campagne mais qui ne sont bordés que de Scrophularia aquatica major C.B, de Lapathum folio acuto plano C.B, de Lapathum pulchrum bononiense, sinatum J. B. et de semblables plantes que nous n’aurions pas daigné de considérer en France, nous qui n’avions alors notre imagination occupée que de plantes à feuilles cotonneuses ou argentées dont nous croyions que tout le royaume de Candie était pavé.

Le Jardin du Gouverneur est une petite forêt d’orangers et de citronniers, entremêlés de quelques poiriers, pruniers, abricotiers et figuiers. Quoique les orangers y soient pour le moins aussi forts qu’à Lisbonne, ils y sont encore plus négligés, tout chargés de bois mort ou superflu ; ils n’ont que la tige de belle et quelques bouquets de fleurs entassées les unes sur les autres, et les espèces n’en valent rien. Au Portugal, on ne cultive que la Maranca China qui est sans contredit la meilleure espèce du monde. Ici l’on se paye de tout dans les jardins, mais aussi tout y est sauvageon. L’orange la plus ordinaire est la bigarade ou l’orange douce dont le fruit est fade et désagréable. Les limons et les Poncyres y sont assez bons ainsi que les citrons. Pour les figuiers, ils n’en manquent pas, mais leur fruit est méprisable.

 

Le 4 mai nous fûmes nous promener à gauche de la ville, vers un village appelé Calepo, où nous trouvâmes les plantes qui suivent. "