Du 11 au 18 décembre 1701, d'Uluabat à Gembele
On ne voit que nids de cigognes sur les caravansérails de la route. Golyazi, mars 2026.
Ces nids sont comme de grands paniers creusés en bassin, tissus confusément de branches d’arbres. Golyazi, mars 2026. Photo Jean-Pierre Brizard.
On y fait un grand commerce de coton. Rond point de Kaklis, à la gloire du coton, mars 2026.
[ Précédemment] " Le lendemain 11 décembre nous continuâmes notre route dans la Michalicie (….) et marchâmes jusques sur les deux heures dans une grande plaine bien cultivée, relevée de quelques collines couvertes de bois (…). L’Agnus castus et l’asphodèle jaune sont communs sur les bords du Granique. Mr. Wheeler a pris cette espèce d’Asphodèle pour celle qui a les feuilles fistuleuses.
Le 12 décembre, nous partîmes à quatre heures & demi du matin & n’arrivâmes qu’après douze heures de marche à Mandragoia, méchant village sur qui on ne jetterait pas les yeux s’il n’y avait quelques vieux marbres (…). Pour aller de Sousoughirli à Mandragoia, on traverse une montagne que Mr. Wheeler a prise pour le Mont Timnus (…). Le mont Timnus n’est pas fort haut, mais il est fort étendu & ses coteaux sont couverts de petits chênes, de genêts d’Espagne et d’Andrachne.
Le 13 décembre après une route de dix heures, par des défilés remplis de chênes, de pins et de phyllirea que l’on brûle souvent pour multiplier les pâturages, nous couchâmes à Courougoulgi et nous trouvâmes à moitié chemin de Mandragoia le village de Tchoumkechi. On ne voit que nids de cigognes sur les caravansérails de la route ; ces nids sont comme de grands paniers creusés en bassin, tissus confusément de branches d’arbres. Les cigognes ne manquent pas d’y revenir tous les ans faire leurs petits et les gens du pays, bien loin de les chasser, ont ces oiseaux en si grande vénération qu’ils n’oseraient toucher à leurs nids. Un étranger serait mal reçu s’il s’avisait de tirer dessus.
(…) Nous mangeâmes ce jour-là pour la première fois du fruit d’Andrachne (...). L’origan que Mr. Wheeler marque dans le mont Sypilos est fort commun dans tous ces quartiers-là, de même que la Sauge de Candie de Clusius, le Thym de Crète des anciens, le Térébinthe, l’Echinophora de Columna [?], l’Aster tomentosus, Verbasci folio, la Valeriana tuberosa Imp & plusieurs autres belles plantes.
Le 14 décembre nous ne marchâmes qu’environ six heures et passâmes sur une autre montagne moins élevée et moins rude, étendue et entrecoupée de plusieurs vallons pleins de chênes grands et petits, entremêlés de quelques pins de Tarare, de Phyllirea, d’Andrachne, de Térébinthes. Nous arrivâmes à Baskelambai. Ce lieu est situé dans une plaine bien cultivée, et l’on y fait un grand commerce de coton.
Le 15 décembre nous continuâmes de marcher dans la plaine de Baskelambai où passe une petite rivière. On monte ensuite sur une montagne assez plate, et l’on entre dans la grande plaine de Balamont où l’on cultive beaucoup de coton. Balamont fut notre gîte après une marche de huit heures. C’est un assez beau lieu sur un ruisseau qui va vers le sud ouest.
Le 16 décembre, nous marchâmes depuis trois heures du matin jusqu’à midi dans un pays assez plat."
TOURNEFORT 1717




